Le centre européen d’Art sacré verra-t-il le jour dans le Lot ?

On estime à plus de 20 000, le nombre des édifices religieux en France, dont plusieurs dizaines dans le Lot, à menacer ruine, dans les 20 ans qui viennent. Débat.

De g. à d. le président Martin Malvy, le Père Guillaume Soury-Lavergne, Mgr Jean-Louis Bruguès et Mgr Laurent Camiade. © J.C. Bonnemère
De g. à d. le président Martin Malvy, le Père Guillaume Soury-Lavergne, Mgr Jean-Louis Bruguès et Mgr Laurent Camiade. © J.C. Bonnemère

Comment concilier conservation du patrimoine et modernité ? Tel était le thème autour duquel se sont articulées les Journées de Marcilhac-sur-Célé, durant le week-end des 16 et 17 juillet derniers. « Pourquoi et comment restaurer les églises ? » question centrale, au cœur de ces échanges, tenus en la salle capitulaire de l’abbaye, sous la houlette du Père Guillaume Soury-Lavergne.

Au nombre des interventions marquantes, celles de Mgr Laurent Camiade, évêque de Cahors, Mgr Jean-Louis Bruguès, archevêque, bibliothécaire et archiviste de la Sainte Église Romaine au Vatican, Olivier de Rohan, président de « La Sauvegarde de l’art français », Madame Isabelle Rooryck, Conservateur en chef honoraire du Patrimoine, Martin Malvy, président de la communauté de communes du Grand Figeac, Mme Diane Hervé-Gruyer, peintre, décorateur…

« Ce que nous devons à la foule de ceux qui nous ont précédés… » déclare Mgr Camiade, pour mesurer ce que représente le patrimoine, à ses yeux. « L’homme, tel l’artisan de la maison que Dieu construit », insiste l’évêque de Cahors au sujet des églises. L’édifice religieux, toujours en devenir, n’a pas été réalisé une fois pour toutes. Il perdure, grâce à l’entretien qui lui est prodigué ; il passe de générations en générations. Il implique donc, bien au-delà des bâtisseurs, tous ceux qui prêtent attention à sa conservation. « Les églises nous concernent tous » a ajouté l’évêque.

Pour l’Église, les églises représentent un appel à se rassembler, en prenant appui sur la paix de l’Évangile, offerte à tous. D’où, l’importance de garder les églises ouvertes, car, conçues pour tous, et non pas réservées à quelques-uns.

« Il en va de la responsabilité des chrétiens, que de laisser les églises ouvertes, car telle est la vocation de ces édifices ! » martèle Mgr Camiade. Or, si la dimension universelle des églises, ne fait pas de doute, leur entretien, ne va pas de soi.

Face au manque de moyens, que ce soit d’ordre communal ou paroissial, public ou privé, le projet de sauvegarde porté par une association, qui fédère les énergies apparaît comme une solution. « Quand tout le monde le veut, les choses peuvent aboutir ! »

Nul doute que la beauté des lieux, favorise la démarche de celles et ceux qui souhaitent franchir le seuil d’une église.

Restaurer et créer, en produisant de la beauté, de l’art sacré ! Réinvestir les églises, par de la création ; tel est le challenge.

Question : dans une société multiculturelle, comme la nôtre, est-ce que les églises peuvent être des lieux qui parlent à des personnes qui n’ont pas le sens chrétien ? Le succès de “La nuit des églises”, tend à prouver un vif intérêt pour la démarche. “Une église du passé, peut parler d’avenir !” souligne Mgr Camiade, qui souhaite voir se constituer des groupes de bénévoles, pour ouvrir les églises, et être des accoucheurs de sens, avec ceux qui ont envie d’entrer, ne serait-ce que pour contempler la beauté des lieux.

Créer un centre européen d’art sacré

« Il y a place pour le Lot, à la création d’un centre européen d’art sacré, tant pour la restauration que pour la création, entre les sites de Rocamadour (déjà un atelier de vitraux), Marcilhac-sur-Célé et peut-être même Conques… C’est faisable, ce serait providentiel, il suffit de le vouloir. » Isabelle Rooryck – Conservateur en chef honoraire du Patrimoine.
L’accent a été mis également sur le besoin d’organiser des formations, tant auprès des prêtres que des laïcs, en matière de présentation de l’art sacré.
Enfin, a été lancé le projet de créer un répertoire national des artistes d’art sacré, présentant les spécialités de chacun, de manière à favoriser les recherches pour les maîtres d’ouvrage.

L’abbaye de Marcilhac-sur-Célé, avec des ruines des IXe, XIIe et XVIe siècles, classés monuments historiques
L’abbaye de Marcilhac-sur-Célé, avec des ruines des IXe, XIIe et XVIe siècles, classés monuments historiques

« On n’abandonnera pas, les églises ! » Martin Malvy

« Jamais un maire n’a évoqué l’hypothèse de ne pas vouloir restaurer une église ; pas de collectivité qui ne veuille entretenir son patrimoine religieux ! » constate Martin Malvy, président du Grand Figeac et président de l’Association Nationale des Villes et Pays d’art et d’histoire, en écho à la question : « Faut-il restaurer les églises ? »

« Dans bien des cas de figure, l’église représente l’édifice public majeur du village, avec ses habitations construites tout autour ». poursuit l’ancien ministre, sans pour autant renier la destination première d’exercice du culte, à laquelle sont affectés ces édifices.

Les églises : un patrimoine commun

« Les églises appartiennent au patrimoine de ce pays » déclare Martin Malvy, appuyant son propos sur l’importance des fonds engagés par l’État au fil des ans, pour cette restauration, quand bien même « la conjoncture économique est difficile ». Et il ajoute : « Les élus n’abandonneront pas leurs églises, sauf désaffection de l’Église ! » Sur le plan juridique, les églises construites avant 1905, appartiennent au patrimoine public de la commune.

Pour autant, il y a belle lurette que nos campagnes ne comptabilisent plus 80 % de la population. Et que les moyens, ne sont plus ce qu’ils ont été, il y a peu de temps encore. Du coup, il ne saurait y avoir de petite participation dans ce type d’opération de restauration. Ainsi, la commune de Marcilhac, va être accompagnée pour 550 000 euros par le Grand Figeac, mais pour compléter l’enveloppe, l’appel au mécénat, aux dons privés, représente une part déterminante pour mener à bien les opérations de restauration.

S’agissant du projet engagé à Marcilhac-sur-Célé, Martin Malvy a assuré de l’intérêt porté sur le sujet par les 79 communes du territoire, sans oublier les actions menées en faveur d’Espagnac-Ste-Eulalie et Assier, notamment. « Il y a eu unanimité pour apporter le soutien de la collectivité à l’action entreprise à Marcilhac-sur-Célé ! » s’est félicité Martin Malvy.

Terminant son propos sous forme de credo, Martin Malvy a ajouté : « Au double titre de la religion et du patrimoine, qui fait l’identité de la France, je ne crois pas à l’abandon du patrimoine religieux. »

Témoignage de l’archiviste du Vatican

« Ce colloque a permis d’apporter de multiples éclairages sur la question de la transmission, le souci de la mémoire, la conservation, y compris dans ses aspects techniques, avec la création. Car nous n’avons pas vocation à être conservateurs au sens de musées. Nous voulons que nos églises et autres lieux de mémoire, soient aussi porteurs d’avenir. A cet égard, l’apport des technologies nouvelles, fait entrer un air frais dans nos problématiques, dont doivent se saisir les jeunes générations. Il s’agissait également de se rendre compte comment des artistes avec des moyens modestes peuvent arriver à magnifier, à exalter tous les lieux évoqués. Bien reçue enfin, l’intervention de Martin Malvy portant le souci du patrimoine, comme faisant partie du rôle de l’homme politique, en situation de responsabilité. Si ce discours pouvait devenir celui de tous les responsables politiques !»
Mgr Bruguès, président de l’Art sacré 2, dont l’objectif est de sensibiliser les publics à la valeur artistique et symbolique de l’art sacré, sous ses deux formes, contemporaines et patrimoniales.

Participation originale durant le colloque, de Philippe Kassabi, dessinateur et facilitateur graphique.
Participation originale durant le colloque, de Philippe Kassabi, dessinateur et facilitateur graphique.

«4 mois et 2 minutes, pour changer le cours de l’histoire …»

Confessant comment il avait été, lui-même, dans un premier temps, «réfractaire» aux réseaux sociaux, le Père Guillaume Soury-Lavergne, se montre à présent «enthousiaste», quant au recours à ce mode de communication.

«4 mois et 2 minutes, ont changé le cours de l’histoire de l’abbaye de Marcilhac-sur-Célé !» indique-t-il. «Le plan de communication, nous a pris près de 4 mois, avec pour finir la réalisation d’une vidéo de 2 minutes, qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux, au point d’attirer presse écrite, radios et télévisions», explique le Père Soury-Lavergne, qui s’est retrouvé devant une nuée de journaistes, lors de son saut en parachute. Ainsi a pu être financée l’acquisition des grandes orgues, certes offertes par une paroisse d’Angleterre, mais qu’il a tout de même fallu démonter, transporter, remonter et remettre en valeur. Le saut en parachute du Père Soury-Lavergne, a attiré de fil en aiguille, 150 jeunes bénévoles qui se sont rendus à l’abbaye de Marcilhac, pour apporter une aide bénévole à l’œuvre entreprise. Autre exemple de l’impact que peuvent amener les réseaux sociaux : le Requiem de Mozart interprété le 17 juillet sous la direction de Damien Sorraing. Le chœur a été composé, via un recrutement Facebook, qui a attiré des candidats de toute la France et même de l’étranger. Résultat : un enchantement, à la fois pour les choristes et pour le public !

par Jean-Claude Bonnemère


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